Les chants mythiques du football
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Les chants mythiques du football

Certains chants entonnés dans les stades anglais sont devenus des classiques, des mélodies qui procurent à chaque fois de véritables frissons. Les Britanniques sont passés maîtres dans l’art de rendre immortels certains de ces hymnes. Si quelques uns sont connus de tous dans le monde du football, d’autres sont davantage restés confinés dans le milieu anglo-saxon. Tour d’horizon de ces chants devenus cultes.

Tous les supporters de football de la planète ont adopté un ou plusieurs chants correspondants plus ou moins aux valeurs de l’équipe soutenue. Bon nombre d’entre eux ressemblent néanmoins plus à des encouragements qu’à de véritables chorales. C’est le cas dans la plupart de nos clubs où la recherche créative n’est pas toujours au rendez-vous, en témoigne certains chants comme “Paris est magique”, “Qui ne saute pas n’est pas lyonnais” ou encore “Aux armes ! Nous sommes des Marseillais”… Ces refrains sont d’ailleurs souvent partagés par plusieurs équipes. D’autres clubs, en revanche, sont associés à jamais à un chant particulier. C’est le cas de nombreuses équipes britanniques et irlandaises.

You’ll never walk alone

Liverpool a beau avoir remporté cinq Ligue des Champions, son incomparable prestige tient avant tout à une tribune aujourd’hui détruite, le Kop, et surtout, chose unique dans le football, une chanson. “You’ll never walk alone” est probablement le plus connu des chants de supporters. Mais aussi le plus à même de faire frissonner un (télé)spectateur, quelle que soit son origine ou même sa passion pour un sport quelconque. Dans les années 60, ce morceau composé par les Américains Rodgers et Hammerstein et interprété par les plus grands artistes (Franck Sinatra, Elvis Presley ou Nina Simone), fut repris par un groupe de Liverpool, Gerry et les Pacemakers.

“You’ll never walk alone” fut diffusé dans l’enceinte des Reds et rapidement repris par les membres du Kop. La ritournelle américaine devint alors un véritable hymne au nord de l’Angleterre. A tel point que l’inscription “You’ll never walk alone” figure désormais sur le blason du club et à l’entrée d’Anfield Road. Le Celtic a également fait de ce morceau son étendard. Ainsi, le 13 mai 2003 à Glasgow, les deux clubs étaient opposés en quart de finale de la Coupe de l’UEFA. Juste avant la rencontre, le micro fut confié à Gerry Mardsen, l’ancien leader des Pacemakers. Celui-ci entonna, à cappella, les premières mesures : “When you walk…”. Soudain, l’émotion s’empara du stade. Soixante mille gosiers reprirent en choeur l’hymne désormais le plus célèbre du football.

Forever blowing bubbles

Contrairement aux croyances populaires, ce morceau ne fut pas entonné pour la première fois par les fans de West Ham à Wembley en 1923, à l’occasion de la finale de la Cup dans ce stade flambant neuf. A l’époque, le football scolaire était très populaire. Il n’était pas rare de voir un millier de personnes autour d’un terrain. Les matchs avaient lieu le samedi matin, entre les différentes écoles du quartier est de Londres.

Le proviseur d’une d’entre elles, Cornélius Beal, outre le fait qu’il était un grand fan de football, était également passionné par la musique. Au point qu’il avait écrit des paroles sur l’air de “Forever blowing bubbles”, une chanson provenant des Etats-Unis et popularisé au Royaume Uni par Dorothy Ward, en hommage à chaque joueur de l’équipe. Si celui-ci faisait un bon match, le chant à son honneur était repris par les spectateurs présents. Dans l’équipe se trouvait alors un joueur appelé Billy “Bubbles” Murray pour sa ressemblance avec le garçon de la peinture célèbre de Millais intitulée… Bubbles. Murray était un très bon joueur qui allait apparaitre avec l’équipe première de West Ham.

Le chant de Cornélius Beal était repris à chaque fois que Murray était sur le terrain de Boleyn Ground. Si la chanson disparut progressivement du bord des terrains scolaires, l’air était dans toutes les têtes des fans des Hammers, et n’allait jamais les quitter. En 1966, ce fut la Coupe du Monde, toujours au son de “Forever blowing bubbles” que Wembley offrait aux héros Bobby Moore, Geoff Hurst et Martin Peters, tous joueurs de West Ham.

Marching on together

Contrairement à la plupart des chants entendus sur les terrains de football, qui sont souvent des reprises auxquelles les paroles ont simplement été modifiées, “Marching on together”, l’hymne de Leeds United est une composition originale de Les Reed et Barry Mason. La chanson a vu le jour en 1972 et est apparue sur la face B d’un disque sorti à l’occasion de la finale de la Cup remportée par le club et dont la face A s’intitulait “Leeds United”.

Le morceau a été interprété par d’anciens joueurs de l’équipe et est resté en bonne place dans les charts britanniques pendant presque trois mois. Ce chant est depuis entonné avant chaque rencontre disputée à Elland Road et c’est un rituel pour tous les fans de se lever quand il est chanté. Les fans des Rhinos de Leeds, l’équipe de Rugby à XIII de la ville, ont également repris ce chant pour démontrer leur allégeance à leur club.

Billy Boys

“Billy Boys” est un chant loyaliste des Rangers, entonné sur l’air de “Marching through Georgia”. Il trouve ses origines dans les années 20 comme un hommage au Boys Brigton, un gang de rue protestant de Glasgow dirigé par Billy Fullerton. Depuis, ce chant témoigne du sectarisme pratiqué dans la ville ainsi qu’en Irlande du Nord, où il est repris par les supporters de Linfield. Très controversé, l’UEFA a demandé officiellement en 2006 aux dirigeants des Rangers d’interdire ce chant dans l’arène d’Ibrox Park. Mais “Billy Boys”, qui est aussi le titre d’un livre sur l’histoire de l’Orangisme en Ecosse, est aujourd’hui encore le chant préféré de ses partisans.

The Flowers of Manchester

Au lendemain de la catastrophe aérienne de 1958 où périrent 23 personnes, essentiellement des joueurs de Manchester United, le groupe folk The Spinners emmené par le fan de United, Mick Groves, furent les premiers à fredonner cette chanson et n’importe qui ayant pu entendre ce morceau ne pourrait douter un seul instant qu’elle n’ait pas été écrite par eux. Ce ne fut pourtant pas le cas, c’est le journaliste de Sing Magazine, Eric Winter qui en fut l’auteur. Depuis, lors du match qui précède l’anniversaire de la tragédie, les fans des Red Devils ont pris l’habitude de chanter en coeur “Flowers of Manchester” suivi de “Forever and ever”.

The Fields of Athenry

Il s’agit d’une ballade folklorique irlandaise qui raconte la condamnation d’un homme pour avoir volé de la nourriture pour sa famille affamée durant la grande famine de 1850 en Irlande. Ce chant, adopté par les supporters de l’équipe nationale irlandaise lors de la Coupe du Monde 1990, s’est propagé ensuite dans les travées du Celtic Park, puis celles de Thomond Park où évolue l’équipe de rugby du Munster. Même s’il n’y a pas d’animosité particulière dans ce chant, il fait tout de même référence à un seigneur britannique, Lord Trevelyan, qui porte le nom du riz dérobé, et est clairement un appel à une Irlande libre.

Keep right on

L’hymne de Birmingham City est étroitement lié à un homme, l’Ecossais Harry Lauder. Ce dernier, orphelin dès l’âge de 11 ans, fit une carrière dans le music-hall, qui l’amena à voyager dans le monde entier pendant 40 ans. En 1916, alors que la Première Guerre mondiale avait éclaté, Lauder effectuait une tournée en Australie quand il apprit la mort de son fils, tué au combat. L’Ecossais écrivit alors une chanson, “Keep right on the End of the Road” en mémoire de son fils, enterré en France. Ce chant deviendra par la suite l’étendard des supporters de Birmingham City.

Rule Britannia

“Britannia” est la personnification féminine de la Grande-Bretagne, tout comme l’est “Marianne” en France. Elle est représentée sur un rocher, avec son bouclier sur lequel on retrouve l’Union Jack, et est accompagnée d’un Lion, autre emblème de pays. C’est l’expression de la gloire de la nation. A la fin du XVIIIème siècle, pendant le règne de Georges III, sa lance fut remplacée par un trident, symbole traditionnel de Poseidon, Dieu de la mer, ce qui fit le rapport entre la puissance navale de l’Angleterre et son succès économique et impérial.

C’est également au XVIIIème siècle que fut écrite la chanson “Rule Britannia”, issue du poème de James Thomson et mis en musique par Thomas Arne. Succès instantané, elle est depuis devenue l’hymne officieux de la Grande-Bretagne, après le “God save the Queen”. Ce chant qui éveille un sentiment de fierté nationale, est également utilisé par les supporters protestants et loyalistes des Rangers.

Cette liste n’est évidemment pas exhaustive, on pourrait y ajouter notamment “Ten German Bombers” chanté par les supporters anglais sur l’air de “She’ll be coming round the mountain” lorsque l’Angleterre affronte l’Allemagne, mais aussi “Glad all over” (Crystal Palace), “Steve Bloomer’s watchin” (Derby County), “Blue is the colour” (Chelsea), “Glory Glory Man United” (Manchester Utd), “This Land is your Land” (Celtic), “No one like us, we don’t care” (Millwall), “Oh when the spurs go marching in” (Tottenham), “Can’t help falling in love” (Sunderland), “The Blaydon Races” (Newcastle), “Blue Moon” (Manchester City), “Here we go” (Everton), “Follow, Follow” (Rangers), Arsenal FC (Arsenal) ou encore “Hampden in the sun” (Celtic).

Le football n’a pas non plus le monopole de ces chants typiquement anglo-saxons. Durant le tournoi des six nations de rugby résonnent parfois “Swing Low, Sweet Chariot” à Twickenham, un chant gospel entonné par les supporters anglais depuis qu’un certain Chris Oti, joueur noir du XV de la rose, a réussi des prouesses sur la pelouse et a ainsi récolté un vibrant hommage. On connait bien sûr “Flower of Scotland”, hymne de la résistance écossaise devant l’envahisseur anglais, entonné pour la première fois en 1990 à Murrayfield, ou encore “Land of my fathers” que les fans des Diables Rouges chantent désormais en gallois (“Hen Wlad fy Nhadau”). Plus symbolique encore, “Ireland’s call” écrit avec la volonté de dépasser toutes les divisions internes puisque le XV du trèfle rassemble les joueurs de la république d’Irlande et de l’Irlande du Nord, miracle propre au seul ballon ovale.

Enfin, un hymne que toutes les équipes souhaitent un jour entendre car il célèbre les vainqueurs, “We are the champions”, un morceau écrit par Freddy Mercury, chanteur emblématique du groupe Queen, et qui nous vient lui aussi, de Grande-Bretagne. A croire que les Anglais apprennent à chanter en même temps qu’ils apprennent à marcher et à parler.

  1. avatar
    6 décembre 2013 a 16 h 34 min

    Ouais ben tous ces rouquins ivres n’ont qu’a bien se tenir. Par ce que pour la venue de l’OM, l’OL dégaine son hymne, composé par biolay…

    Et ouais, aux chiottes youl never je sais pas quoi.

    ;-)

  2. avatar
    6 décembre 2013 a 16 h 36 min
    Par Cullen

    J’avoue être un peu médisant quand j’écris qu’on n’est pas très créatif en France. On a quand même “les corons” et la “marseillaise ch’ti” à Lens qui sont entonnées à l’arrivée des joueurs et au début de la seconde mi-temps. Et pis en Rugby, c’est bien dommage que le stade Jean Daugé ne soit pas un peu plus grand parce que la “pena baiona” ça donne quelques frissons aussi.

    Par contre, c’est moi ou les liens ne fonctionnent pas :-(

  3. avatar
    6 décembre 2013 a 17 h 54 min
    Par Gaston

    C’est ici qu’on squatte pour parler du tirage au sort ?

    En tout cas, présenté par Adrianna Lima, ça a tout de suite plus de cachet…

  4. avatar
    6 décembre 2013 a 17 h 55 min
    Par Gaston

    Fernanda Lima, bien sur…

  5. avatar
    6 décembre 2013 a 18 h 20 min
    Par Gaston

    Merci les boules chaudes !

    • avatar
      6 décembre 2013 a 20 h 35 min
      Par Cullen

      Salut,

      On va pas se mentir, ça aurait pu être bien pire, et il faut croire que Deschamps a un ange gardien au dessus de lui. Maintenant, avec tout ce qui nous est arrivé depuis 2002, on devrait être échaudé, il y a 4 ans déjà tout le monde s’était félicité du tirage, et on sait ce qui est advenu par la suite…

      Le Honduras ça parait en effet très jouable, mais ce sera le cas également pour la Suisse et l’Equateur donc ça n’est pas sur ce match que la différence devrait se faire. La Suisse apparaît comme l’adversaire n°1 des Bleus, elle a fait une très belle campagne de qualification qui lui a valu cette place de tête de série, et quand on sait que l’Argentine se profile en 1/8ème si on ne termine pas premier, il faudra absolument battre cette équipe. Mais le dernier match, prévu au Maracaña de Rio, ne sera surement pas une mince affaire non plus, et les Bleus auront intérêt à s’être mis à l’abri avant cette rencontre parce que même si je ne connais pas du tout cette équipe d’Equateur, ça sent le piège à plein nez dans un stade qui sera probablement rempli d’Équatoriens.

      Un peu comme au Rugby, les joueurs français ont souvent plus besoin d’adrénaline pour se sublimer que d’une tactique très stricte affichée sur le tableau noir. Ca s’explique notamment par leur tempérament latin qui fait qu’ils ont parfois des chutes d’attention contre les équipes dites inférieures. Du coup, même si je préfère être à notre place plutôt que celle de l’Italie, l’Angleterre ou la Hollande, méfiance malgré tout…

  6. avatar
    8 décembre 2013 a 9 h 50 min
    Par Pennarbed

    Article un peu moins personnel que le précédent mais encore très intéressant ( comme d’habitude :-) ). Merci

  7. avatar
    9 décembre 2013 a 12 h 06 min
    Par skancho

    Article sympa mais mauvais titre : Il eût fallu rajouter britannique à la fin. Dommage de titrer cela et de n’évoquer aucun chant sud Américain, français (Les Corons, quand même !), Italien, Allemand, Est Européen… Franchement, il y avait matière à avoir des chants autrement plus mythique que Marching on Together par exemple.
    Ceci étant dit, reconnaissant aux anglo saxons cette faculté de trouver un chant emblématique. ça nous manque un peu chez nous.

    • avatar
      9 décembre 2013 a 21 h 25 min
      Par Cullen

      Tu as parfaitement raison. En fait, le titre de l’article que j’ai soumis à la publication était bien “les chants mythiques du football anglais” mais il a été modifié, et ça n’est d’ailleurs pas la première fois que ça m’arrive, ça avait déjà été le cas de “frères ennemis” qui avait été transformé en “frères ennemis, les plus grands derbies du football” ( plus vendeur peut-être mais qui au passage fut une erreur puisque ce sont les principales rivalités de clubs qui étaient traitées et dont les derbys faisaient partie ).

  8. avatar
    9 décembre 2013 a 15 h 10 min

    Merci pour l’article, agréable à lire.

    C’est marrant, je viens de faire tilt que “Rule Brittania” est une chanson qu’ils chantent dans le film “hooligans” de Philip Davis, à savoir le vrai, pas la daube avec elijah wood…

    http://www.linternaute.com/cinema/film/21252/hooligans-identity-document/

    Je croyais que c’était un truc qu’ils avaient récupérer d’un club en particulier, j’étais inculte en chant britton, mais ça c’était avant.

    En fait nan toujours, je suis pas jaloux, je suis pas britton, je m’en fous qu’ils chantent si ça les amuse avant le match, tout de façon, ils n’ont que ça vu qu’ils vont encore pleurer cet été.

    • avatar
      9 décembre 2013 a 16 h 25 min
      Par Gaston

      On ne peut qu’approuver cette magnifique conclusion de commentaire !

      • avatar
        9 décembre 2013 a 21 h 38 min
        Par Cullen

        Moi qui ai évolué dès le plus jeune âge dans le milieu du rugby, un monde dans lequel la guerre de cent ans semble parfois toujours d’actualité, j’espère bien qu’ils ne vont pas attendre cet été pour pleurer mais dès le 1er février lors du “Crunch” :-).

        Mais bien que peu envieux également de nos voisins britanniques sur bien des domaines ( climat, gastronomie, mode vestimentaire, etc… ), faut bien avouer qu’en matière de football, les Anglais ont plusieurs longueurs d’avance sur nous, que ce soit sur l’histoire qu’ils entretiennent avec ce sport ou la ferveur que celui-ci véhicule au quotidien. Sinon, comme tu évoques le film “Hooligans”, un livre que je ne saurai conseiller pour bien comprendre l’évolution du football anglais et le phénomène ultra d’une manière générale, c’est “Génération Supporter” de Philippe Broussard.

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