Frères ennemis : les grands derbies du football
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Frères ennemis : les grands derbies du football

Remporter des trophées est l’objectif de chaque joueur ou entraîneur mais ceux qui aiment et connaissent le football savent que ce n’est pas un titre ni une coupe qui donne de l’intensité à une saison mais la splendeur des face à face, et sans quelques duels épiques résultant de luttes pour la suprématie nationale, régionale ou locale, les différents championnats disputés sur la planète n’auraient pas tout à fait la même saveur. Alors que l’Olympique de Marseille accueille le Paris Saint-Germain dimanche et que le "Superclasico" entre Boca Juniors et River Plate est également prévu ce week-end, voici une liste des principales rivalités de clubs qui existent aujourd’hui dans le monde du football.

De nombreux critères peuvent faire d’une simple rencontre de football un événement populaire à ne surtout pas rater dans l’année, où la ferveur est à son apogée. La rivalité purement sportive entre deux des clubs nationaux les plus titrés en est un bien sûr, mais c’est souvent ailleurs que l’on trouve les racines des plus grandes oppositions. Sans verser dans les poncifs et clichés en tout genre, les plus importantes sont souvent néanmoins le fruit d’un raisonnement manichéen opposant une couche de la société à une autre. Ca peut être un antagonisme social, culturel, religieux ou politique. Un événement controversé n’est généralement pas suffisant pour créer une rivalité persistante entre deux clubs mais il peut également alimenter la flamme entre rivaux déjà existants.

Première partie : les grands classiques

Manchester Utd – Liverpool (Angleterre)

La rivalité entre ces deux clubs voisins du nord-ouest de l’Angleterre est due essentiellement à leurs succès importants, puisqu’ils sont les plus titrés aussi bien au niveau national que sur la scène européenne. Mais la concurrence entre ces deux villes remonte bien plus loin, au XVIIIème siècle exactement. En pleine Révolution Industrielle, Manchester décida de s’attaquer au marché du coton et les ateliers s’y multiplièrent, au point de faire de la ville le poumon industriel du pays. La production se fit à Manchester mais les matériaux transitaient par Liverpool. Les autorités portuaires eurent alors l’idée de lever d’importantes taxes sur les produits destinés aux fabriques de Manchester. Pour éviter le port de Liverpool, les responsables municipaux construisirent du coup un canal permettant aux bateaux d’arriver directement à Salford et d’éviter ainsi les taxes. L’inauguration du canal en 1894 marqua véritablement le début des hostilités entre les deux villes.

Benfica – Porto (Portugal)

Comme dans la plupart des autres championnats, la rivalité qui oppose les deux principaux clubs du Portugal trouve ses racines dans l’histoire politique, culturelle et sportive du pays. Au nord, Porto, ville ouvrière et industrielle, s’est toujours définie par son esprit d’indépendance. Au sud, Lisbonne savoure son statut de capitale riche et puissante. Les confrontations entre le FC Porto et Benfica symbolisent ainsi le fossé qui sépare les deux cités. L’Histoire récente semble indiquer que l’équilibre des forces en présence est en train de basculer. Après avoir longtemps régné en maîtres sur le plan national, les “Aguias” ont assisté à la montée en puissance des “Dragoes” ces vingt dernières années.

Olympique de Marseille – Paris Saint-Germain (France)

Cette rivalité est beaucoup plus récente. Si le club phocéen a fêté son centenaire en 1999, son homologue parisien n’a vu le jour qu’en 1970. Face au palmarès et à l’expérience de l’OM, le PSG n’a d’abord été qu’un adversaire parmi d’autres sur la scène française. Il a fallu attendre le début des années 1990 pour que ce rendez-vous, largement instrumentalisé par les présidents des deux clubs, déchaîne les foules et les passions. Le “Classique” à la française est surtout le duel des deux seuls clubs français à avoir soulevé un trophée européen. La rivalité sportive a ensuite réveillé des clivages historiques et sociaux entre les deux villes, la capitale contre la province, le nord contre le sud, et l’antagonisme a été entretenu par des matchs engagés et des provocations incessantes dans les médias.

Feyenoord – Ajax (Pays-Bas)

En dépit des bons résultats actuels du PSV Eindhoven, la rencontre entre l’Ajax et le Feyenoord est de loin la plus attendue de l’année aux Pays-Bas. C’est un duel entre les deux plus grandes villes du pays, culturellement et socialement très différentes. Feyenoord a toujours été considéré comme le club des dockers de la ville, une origine ouvrière qui contraste avec l’Ajax, représentant Amsterdam, cité bourgeoise et cosmopolite. Un choc des cultures qui se retrouve jusque sur la pelouse avec d’un côté, l’Ajax, apôtre du football total quand le Feyenoord traîne toujours une réputation d’équipe virile, laborieuse. Cette lutte a donné lieu, année après année, à de nombreux affrontements brûlants et passionnés, mais malheureusement aussi entachés de violence.

Real Madrid – FC Barcelone (Espagne)

Lorsque le Real Madrid et le FC Barcelone croisent le fer, tous les regards ou presque se tournent vers l’Espagne. Des millions de passionnés du ballon rond retiennent leur souffle, que ce soit dans la péninsule ibérique ou aux quatre coins du monde. “El Clasico” met aux prises les deux principales villes du pays aux identités bien différentes. Barcelone est la capitale officieuse de la Catalogne, en quête d’indépendance, mais entre la fin de la deuxième guerre mondiale et la chute du dictateur Franco en 1975, le régime supprima progressivement l’autonomie de cette région au dépend de la capitale castillane, Madrid. Cette opposition est d’autant plus médiatique qu’elle met aux prises deux clubs au palmarès exceptionnel et où se sont succédés les génies du football parmi lesquels Di Stefano, Puskas ou Zidane côté madrilène, et Cruyff, Maradona, ou Ronaldinho pour les “Blaugranas”.

Deuxième partie : les plus célèbres derbys

AC Milan – Internazionale (Milan, Italie)

Le “derby de la Madonnina”, en référence à la statut de la vierge Marie en haut du Dôme de Milan, n’est pas le plus enflammé que connaisse l’Italie. La rivalité entre les “Rossoneri” de Milan et les “Nerazzuri” de l’Inter est avant tout sportive. Les deux équipes lombardes possèdent en effet deux des trois plus gros palmarès de Série A. Fondé en 1899 par des immigrants britanniques, l’AC Milan va adopter des méthodes sectaires en interdisant quelques années plus tard la présence de joueurs étrangers dans ses rangs, pourtant à l’origine de sa création. Des dissidents du club, en désaccord avec la politique des dirigeants, décidèrent alors de créer l’Internazionale FC. Les deux géants du football transalpin cohabitent depuis au stade San Siro, rebaptisé Guiseppe Meazza en hommage à l’un des nombreux joueurs à avoir porté les couleurs des deux formations.

Arsenal – Tottenham Hotspur (Londres, Angleterre)

Si ces deux formations s’affrontent depuis près de 120 ans, ce n’est qu’à partir de 1913 qu’est née la grande rivalité qui oppose les supporters des deux équipes. Juste avant la guerre, Arsenal qui évoluait jusque là dans le sud de Londres, décida de s’installer au nord, à Highbury. Le nouveau stade fut situé à quelques centaines de mètres à peine de White Hart Lane, le fief des “Spurs”, ce qui créa naturellement des tensions entre les deux clubs devenus voisins. Une rivalité qui prit une autre dimension en 1919 lorsque la fédération anglaise décida d’intégrer deux nouvelles équipes en première division. Sportivement, la dernière place aurait dû être attribuée à Tottenham mais ce sont finalement les “Gunners” qui furent choisi pour faire partie de l’élite. Dès lors, l’animosité entre les deux clubs monta d’un cran et fut entretenue durant des décennies.

Galatasaray – Fenerbahçe (Istanbul, Turquie)

Ville unique au monde à cheval sur deux continents, Istanbul fut le terrain idéal pour faire naître une rivalité et la passion qui va avec. Coté européen en 1905, des élèves d’un lycée, réputé pour former des élites politiques, créèrent le Galatasaray. Mais dans une métropole de 13 millions d’âmes, difficile de fédérer tous les amoureux du football autour d’une seule et même équipe. Ainsi en 1907, sur l’autre rive du Bosphore, côté asiatique, Fenerbahçe vit le jour dans le quartier de Kadiköy. A la distinction géographique s’ajouta une dimension sociale, Fenerbahçe étant soutenu au départ par la classe ouvrière tandis que Galatasaray fut longtemps considéré aristocratique. Aujourd’hui, ces différences ne sont plus que de lointains souvenirs mais la passion autour de cette rencontre est toujours aussi exacerbée.

Flamengo – Fluminense (Rio de Janeiro, Brésil)

Au Brésil, les rivalités sont toutes locales en raison du format des compétitions qui contribue à ce que les équipes d’une même ville s’affrontent souvent dans la saison. Ainsi, le derby carioca entre Flamengo et Fluminense a eu lieu pour la 380ème fois de son histoire. En 1911, suite à un conflit au sein du Fluminense, alors champion de Rio, neuf titulaires quittèrent leur club pour former une section football à Flamengo, jusque là un club omnisport essentiellement consacré à l’aviron. La rivalité “Fla-Flu” repose donc sur un ADN commun. Cette rencontre attire à chaque fois une foule considérable dans le légendaire “Maracana” de Rio (record de 177 000 spectateurs en 1963) pour assister au duel entre le club populaire de la ville (Flamengo) dont les supporters sont souvent originaires des Favelas et celui de la frange plus aisée (Fluminense) dont les fans vivent davantage près des plages de Copacabana.

AS Saint-Etienne – Olympique Lyonnais (France)

Le “derby du Rhône” est l’incarnation même de l’antagonisme local et des clichés qui vont avec. Il dispose de tous les ingrédients nécessaires, chaque équipe se définissant comme l’antithèse de son voisin. Cette rivalité est due à la relative proximité des deux villes (comme il n’existe pas de véritable derby en France depuis la politique “une ville, un club” mise en place dans les années 1920, la distance de 60 kilomètres qui les séparent est jugée assez faible). Elle est également d’origine sociale, la ville de Lyon ayant longtemps traîné une réputation de “bourgeoise” tandis que celle de Saint-Etienne était jugée plus “ouvrière”. Dans les années 1970, les succès nationaux et européens des “Verts” étaient un moyen pour une ville en crise de prendre sa revanche sur sa voisine. Mais ces vingt dernières années, on a assisté au déclin des stéphanois en même temps qu’à une montée en puissance lyonnaise.

Red Star – Partizan (Belgrade, Serbie)

Fondé en 1945, le Partizan est l’ancien club de l’armée yougoslave. Cette emprise militaire sur les destinés du club cessa officiellement en 1963 mais perdura officieusement jusque dans les années 1980. L’Etoile Rouge fut fondée la même année par la Jeunesse Communiste du Parti et représente davantage la société civile. Dans un pays où le nationalisme est exacerbé, le football fonctionne comme un catalyseur. Et lors de “l’eternel derby” disputé au “Marakana” de Belgrade, on ne parle plus ou presque de sport mais de véritable haine. Un climat très malsain que le Brésilien Cordoba, premier joueur en 23 ans à être passé d’un camp à l’autre ne contredira pas, lui qui a été menacé de mort à plusieurs reprises depuis…

FC Schalke 04 – BVB Borussia Dortmund (Allemagne)

La liste des grandes rivalités ne saurait être complète sans une mention particulière pour le grand derby de la Ruhr qui oppose régulièrement Schalke 04 au Borussia Dortmund. Une rivalité due au format du championnat allemand disputé sous forme de ligues régionales jusque 1963. Il n’est question ici que de suprématie sportive, les supporters des deux camps étant profondément ancrés dans les couches populaires. L’année 1997 restera comme un cru exceptionnel dans l’histoire de la Ruhr : en effet, en l’espace d’une semaine Schalke 04 remporta la Coupe de l’UEFA avant que le Borussia Dortmund ne réplique en s’octroyant la Ligue des Champions. Plus récemment en mai 2007, en s’inclinant à Dortmund lors de la dernière journée de Bundesliga, les joueurs de Schalke 04 avaient vu le titre de Champion d’Allemagne s’envoler alors qu’ils étaient en tête jusque là. De quoi entretenir cette rivalité…

Olympiakos – Panathinaïkos (Athènes, Grèce)

Les origines de la tragédie remontent à la Grèce antique mais au fil des siècles, le style ne s’est jamais démodé. La plus grande tragédie contemporaine se joue deux fois par an et elle oppose l’Olympiakos au Panathinaïkos. Le “derby des eternels ennemis” rassemble les deux clubs les plus titrés de Grèce dans une ambiance survoltée. L’Olympiakos, qui est ancré dans la zone portuaire d’Athènes, est réputé pour être plus proche du peuple que des élites grecques.
Le Panathinaïkos, lui, se veut fédérateur. Etymologiquement, son nom signifie “tous les Athéniens”. Cependant, cette distinction ne veut plus dire grand chose désormais, les supporters des deux clubs n’étant attachés à aucune catégorie sociale. Fait rare en Europe, le duel entre ces deux grands rivaux s’est exporté en Basket, sport très populaire en Grèce, où les salles sont surchauffées par ces mêmes supporters.

Boca Juniors – River Plate (Buenos Aires, Argentine)

Avec une douzaine de clubs présents dans l’élite du championnat argentin, Buenos Aires ne manque assurément pas de derbys, appelés ici plus communément des “Clasicos”. Le préfixe “Super” a été ajouté pour dénommer celui qui met aux prises les deux clubs les plus populaires du pays. Tous les deux ont été fondés dans le quartier pauvre de la Boca mais dans les années 1920, River a quitté ce quartier pour s’installer à Nunez, un quartier résidentiel regroupant la population aisée de la ville. C’est sur cette lutte des classes que repose aujourd’hui cette énorme rivalité, et lors de chaque affrontement, de véritables vagues humaines déferlent à chaque but inscrit par l’équipe locale dans les tribunes de la Bombonera, l’antre de Boca Juniors, et du Stade Monumental, fief des “Millonarios” (Millionnaires) de River Plate. Une ambiance déchainée, unique au monde, où football rime avec violence et passion. Il y a quelques temps, un quotidien britannique avait même classé le choc du football argentin comme l’un des cinquantes événements à vivre absolument avant de partir pour l’au-delà…

Liverpool – Everton (Liverpool, Angleterre)

Si les amateurs de football de la ville étaient divisés au départ entre un club représentant l’establishment, Everton, et un autre davantage porte parole des classes modestes (dont une majorité d’immigrés irlandais), Liverpool, contrairement à ce qui s’est passé à Glasgow, les clivages politiques ou religieux ont désormais disparu dans le derby de la Mersey. C’est pour cette raison, mais aussi grâce à l’état d’esprit exemplaire des deux groupes de supporters, que chacune de leurs rencontres est baptisée “friendly derby”. Mieux encore, lorsque 96 supporters des “Reds” ont trouvé la mort à Hillsborough en 1989, les fans des deux clubs se sont rassemblés en une communion impressionnante. Une chaîne d’écharpes bleues et rouges s’est ainsi déployée en mémoire des victimes tout au long du parcours de près d’un kilomètre qui sépare les deux stades.

Roma – Lazio (Rome, Italie)

Afin de rivaliser avec les riches clubs du nord du pays, jugés arrogants, et renforcer l’image de Rome comme capitale, une tentative de rapprochement eut lieu dans les années 1920 entre cinq clubs romains. Quatre d’entre eux acceptèrent et fusionnèrent sous le nom de l’AS Roma mais un dernier refusa au motif que ce club était destiné aux travailleurs de la ville, la Lazio. Cette dernière est toujours considérée comme le club bourgeois de la région du Latium, ses ultras ne cachant d’ailleurs pas leur penchant pour l’extrême droite tandis que la Roma, qui reste le club le plus populaire, représente davantage les classes moyennes. Ces dernières années, les rencontres entre les deux clubs de la ville éternelle ont souvent donné lieu à des violents affrontements entre supporters.

Celtic – Rangers (Glasgow, Ecosse)

C’est en 1888 que l’un des plus vieux derby du monde, le “Old Firm”, a opposé pour la première fois le Celtic aux Rangers. Cette confrontation dépasse largement le cadre du football. Les “Gers” (supporters ou jouant pour les Rangers) sont en grande majorité protestants et fidèles à la couronne britannique. Les “Bhoys” du Celtic sont quant à eux traditionnellement soutenus par la communauté catholique irlandaise de Glasgow. L’affrontement entre ces deux monstres du football écossais prit une tournure politique avec le conflit nord-irlandais, les “Gers” étant favorables au rattachement de l’Ulster à la Grande Bretagne tandis que les fans du Celtic souhaitaient voir une Irlande unie. Le drapeau national le plus exhibé au Celtic Park est d’ailleurs celui de l’Irlande par opposition à l’Union Jack qui caractérise les supporters des Rangers. Les chants d’Ibrox et du Celtic Park donnent la chair de poule à n’importe quel joueur et chaque déplacement de ces deux équipes est accompagné par des dizaines de milliers de supporters.

Troisième partie : rivalités plus méconnues… mais pas moins intenses

Independiente – Racing Club (Buenos Aires, Argentine)

Moins célèbre en Europe que la rencontre qui oppose chaque année Boca Juniors à River Plate, le “Clasico de Avellanda”, à la différence de son grand frère dont les deux clubs se situent aux extrémités de la ville, oppose deux équipes dont les stades sont séparés de 200 mètres seulement. Au début du XXème siècle, dans un magasin de Buenos Aires appelé “A la Ciudad de London”, un groupe de cadres décida de former une équipe de football et l’avait nommé Racing Club de Avellanda. Mais les salariés ne furent pas autorisés à participer. Les jeunes travailleurs choisirent
d’être “indépendants” du Racing et donc de créer un nouveau club. Par conséquent, le 1er janvier 1905, ils fondèrent officiellement l’Independiente FC. Depuis, l’hostilité entre ces deux équipes est restée et les supporters entassés dans les tribunes donnent un spectacle somptueux.

West Ham Utd – Millwall (Londres, Angleterre)

L’affiche opposant West Ham à Millwall, club de 2ème division anglaise, n’a pas la même notoriété qu’un Real-Barça, encore moins son côté glamour. Mais la rivalité entre les deux clubs de l’est londonien est pourtant très forte, peut-être la plus grande d’Angleterre. Cet antagonisme remonte à l’origine de leur fondation par des dockers de East End. C’est avec la crise de l’industrie navale que la rivalité prit une toute autre ampleur, et notamment lors de la grève générale de 1926. Les dockers de Millwall continuèrent de travailler, ce qui augmenta les tensions avec ceux de West Ham, qui eux, avaient cessé le travail. S’ensuivirent des années d’affrontements entre firmes hooligans des deux camps. Le 26 Août 2009, après quatre ans de privation, les deux équipes se sont retrouvées à Upton Park, fief des “Hammers” pour un banal match de Carling Cup qui s’est rapidement transformé en bataille rangée.

Al Alhy – Zamalek (Le Caire, Egypte)

Lorsque se déroule la rencontre entre Al Alhy et Zamalek, la capitale égyptienne du Caire se transforme en ville fantôme. Au début de chaque saison, la Fédération Egyptienne de Football publie le calendrier et les dates des oppositions entre les deux principaux clubs du pays sont immédiatement cochées par tous les supporters qui accordent une attention particulière à ce choc. Tous les aspects de la vie ici sont divisés en deux camps. C’est le cas dans l’arène politique parmi les membres du gouvernement. Chaque club possède un certains nombre de hauts fonctionnaires comme partisans qu’ils tiennent à conserver en les invitant à participer à ces affrontements. Les familles sont aussi connues pour être “Ahlawya” ou “Zamalkaywa”. Après chaque match, voitures et scooters défilent toute la nuit, drapeaux au vent, pour célébrer la victoire et narguer un peu plus le voisin.

Hajduk Split – Dinamo Zagreb (Croatie)

S’ils avaient autrefois en commun le fait de détester les équipes de football serbes, les deux principaux clubs croates, le Hajduk Split et le Dinamo Zagreb, se livrent désormais une véritable guerre. Si le football ne déchaîne pas autant les foules que le basket sur les rives de l’Adriatique, la rencontre entre ces deux clubs fait figure d’exception et pendant une semaine, le pays tout entier vit au rythme de cette confrontation. Le jour du match, les “Bad Blue Boys” de Zagreb et les “Torcida” de Split rivalisent de talent pour créer une atmosphère des plus impressionnantes dans l’enceinte du stade.

Penarol – Nacional (Montevideo, Uruguay)

En Uruguay, on a l’habitude de dire qu’il existe deux objectifs parallèles : le championnat national et le grand “clasico” Penarol – Nacional. La rivalité entre les deux caïds du football uruguayen est telle que le vainqueur fête son succès comme s’il s’agissait d’un titre. Quant au perdant, il mangera son pain noir jusqu’à la prochaine confrontation. Les “Manyas” (Penarol) ont vu le jour grâce aux nombreux immigrants qui gagnèrent l’Uruguay après la Grande Guerre, tandis qu’ “El Bolso” (Nacional) est le fruit d’un courant nationaliste arborant les couleurs du drapeau du chef révolutionnaire José Artigas. Le mythique Centenario de Montevideo est le théâtre de cette rencontre, entre deux ennemis irréconciliables mais inséparables. Ils se détestent mais ne peuvent pas vivre l’un sans l’autre. Deux grands clubs que les supporters célestes fêtent comme il se doit.

Sampdoria – Genoa (Gênes, Italie)

Généralement considéré au second plan par rapport à ceux de Milan ou Rome, le “derby de la lanterne” est pourtant
vécu avec une remarquable passion par les tifosis des deux camps qui préparent l’événement des semaines avant et ne cessent de rappeler aux perdants leur défaite le reste de l’année, tant et si bien que le derby de Gênes dure toute l’année. Et ce match qui vaut une saison est préparé comme tel avec une extrême attention par les supporters des deux équipes pour gagner aussi, en dehors du terrain, avec des “tifos” toujours plus spectaculaires qui créent le spectacle dans les tribunes. Le “derby de la lanterne” a été peu disputé ces dernières années à cause des relégations et promotions alternées et sa période dorée remonte aux années 1980 lorsque les deux équipes évoluaient dans les hautes sphères du football italien.

Corinthians – Palmeiras (Sao Paulo, Brésil)

Si le Sao Paulo FC et Santos peuvent également compter sur de nombreux supporters, le vrai derby pauliste est celui qui met aux prises les Corinthians à Palmeiras, l’un des plus chauds du pays. Le premier a été fondé en 1910 par des Brésiliens dits “de souche” tandis que quatre ans plus tard, la nombreuse colonie italienne venue apporter de la main d’oeuvre après l’abolition de l’esclavage au Brésil fondit Palmeiras. Le club s’appelait alors le Palestra Italia et jouait en vert, blanc et rouge. Mais en 1942, alors que la seconde guerre mondiale atteignit son paroxysme, les dirigeants Brésiliens firent changer le nom et les couleurs de Palmeiras, l’Italie étant à l’époque sous régime fasciste. Cette opposition jusque là communautaire se transforma en un duel plutôt social, Palmeiras trouvant aujourd’hui son noyau de supporters parmi les classes moyennes tandis que les Corinthians représentent davantage les déshérités de la ville.

Esteghlal – Persepolis (Téhéran, Iran)

Souvent ignoré par le grand public, le “Surkhabi” est pourtant considéré comme la plus grande affiche du continent asiatique. Connu sous le nom de Taj jusqu’à la révolution de 1979, Esteghlal s’est le premier taillé une belle cote de popularité dans le pays, grâce à ses nombreux succès de prestige, notamment en Coupe d’Asie des Clubs Champions. Mais depuis la fin des années 1960, après avoir dû longtemps patienter pour trouver son public, Persepolis est devenu le club le plus populaire d’Iran. Ce duel s’apparente là encore à une lutte des classes. Le maillot rouge des joueurs de Persepolis rappelle en effet les origines ouvrières du club, et à l’inverse, les supporters d’Esteghlal appartiennent
traditionnellement aux milieux plus aisés. Un contraste social qui n’a fait que renforcer un peu plus chaque année la rivalité entre les deux formations.

Cette liste n’est évidemment pas exhaustive, il existe bien d’autres rencontres qui suscitent autant de passion chez les supporters que de craintes du côté des autorités. On peut citer parmi celles-ci l’un des rares duels du championnat argentin qui ne mettent pas aux prises deux clubs de Buenos Aires, Newell’s Old Boys – Rosario Central, le derby enflammé de Casablanca entre le Wydad et le Raja, certains duels d’Europe de l’Est comme CSKA – Levski Sofia et Wisla – Cracovia, ou encore le bouillant derby de Salonique entre le PAOK et l’Aris. Toujours est-il que si vous en connaissez d’autres, ou que vous avez envie de faire partager une expérience personnelle vécue dans l’un de ces matchs tellement à part, c’est avec grand plaisir que je vous invite à poursuivre cet article.

  1. avatar
    5 octobre 2013 a 16 h 24 min

    Merci pour cet article, du tres beau boulot

  2. avatar
    5 octobre 2013 a 19 h 59 min

    Salut Cullen, comment as-tu pu oublier Metz-Nancy ? La rivalité est tellement forte que les villes ont toutes les deux loupé la Coupe du monde 98 à force de chamailleries !

    Putain de guerre de 70 !

    • avatar
      7 octobre 2013 a 15 h 16 min

      Merci Nicolas de corriger cet horrible oubli de Mr Cullen.

      Ya qu’à voir comment s’est déroulé de dernier derby en date (avec match suspendu pendant quelques minutes tellement c’était le bordel) pour se rendre compte que de la ferveur, il y en a !

      J’étais content que Nancy descende l’année dernière, les Nancy Metz m’avaient manqué ;-)

  3. avatar
    6 octobre 2013 a 12 h 19 min
    Par Pianto

    C’est surprenant de ne pas voir Inter-Juve appelé le derby d’Italia qui est l’affiche la plus suivie en Italie bien avant les derbys d’équipes de la même ville…

    et en Angleterre, il me semble que City-United est bien plus fort qu’Everton-Liverpool. Pour Liverpool, il n’y a que le match face à United qui compte.

    Les derbys, c’est un truc de supporters, ça ne me touche pas vraiment, je ne suis pas supporter. C’est un truc pour savoir qui a la plus longue. rien à voir avec le sport, je trouve ça nul.

    • avatar
      6 octobre 2013 a 15 h 23 min
      Par Cullen

      Salut Pianto,

      souvent en phase avec toi, j’avoue ne pas bien comprendre ton raisonnement cette fois-ci. Toi qui t’intéresse également au Rugby, une victoire des Bleus face aux Anglais a-t-elle la même saveur qu’un succès face à l’Ecosse ou l’Irlande ? Evidemment non, et ça n’est pas parce que l’Angleterre est souvent le principal concurrent du XV de France pour la victoire finale dans le Tournoi, mais simplement parce que c’est l’ennemi héréditaire, l’équipe ( et la nation d’une manière générale ) avec laquelle tout nous oppose sur le plan historique et culturel.

      En Football, c’est un peu la même chose, les combats sportifs sur fond de querelles politiques ou sociétales offrent des émotions que ne peuvent que rarement apporter les autres rencontres de la saison. En plus, ces rivalités de quartier créent une sorte d’émulation au sein d’une ville, ce qui a beaucoup manqué au football français, privé de derbies depuis presque toujours, et qui est une des raisons au manque de compétitivité de nos clubs sur la scène internationale.

      Sinon, sur le choix des rencontres, bien sur que tout le monde pourra trouver à redire ( Metz-Nancy j’ai bien rigolé quand même Nico… ), les partisans du football espagnol diront qu’il manque le derby de Séville ou celui de Madrid, ceux qui suivent davantage la Premier League regretteront l’absence du duel entre Aston Villa et Birmingham City ou celui entre Newcastle et Sunderland, etc… Globalement, et même si c’est forcément un peu subjectif ( d’autant que je n’ai assisté à presque aucune de ces affiches en live – uniquement à PSG-OM au début des années 90’ ), je pense avoir évoqué les principales rivalités, avec à titre personnel un coup de cœur particulier pour le “Superclasico”, Fener-Galatasaray, et bien sur le “Old Firm” auquel je n’ai toujours pas renoncé pouvoir assister un jour.

      • avatar
        6 octobre 2013 a 20 h 00 min

        “Metz-Nancy j’ai bien rigolé quand même Nico… ”

        C’était bien le but !

        La rivalité, on l’a en Lorraine, ce qui manque c’est le football…

      • avatar
        7 octobre 2013 a 7 h 42 min
        Par Pianto

        oui mais les anglais ont brûlé Jeanne d’Arc et ça, je ne leur ai jamais pardonné.

        Le jour ou les lyonnais ou les stefs brûleront Marine Le Pen je m’intéresserai à leur derby
        (quelle incitation ? quelle mauvaise foi ? Je ne vois pas de quoi tu parles…)

  4. avatar
    6 octobre 2013 a 13 h 24 min
    Par Pianto

    Le schtroumpf grognon s’est caché dans l’un des coms ci-dessus, saurez-vous le retrouver ?

  5. avatar
    6 octobre 2013 a 15 h 05 min
    Par Cullen

    Pas envie de faire mon Calimero mais publier un article le samedi à 14 heures, à un moment où les gens sont en général plus occupés à remplir leur frigo, monter la commode de la petite ou même s’offrir du bon temps en famille qu’à venir jeter un coup d’œil aux nouveaux articles parus sur ce site, c’est pas très sympa, et il me semble que ça méritait une meilleure exposition mais bon…

  6. avatar
    7 octobre 2013 a 2 h 09 min

    Merci pour l’article.

    Evidemment le plus grand derby du monde est celui qui nous oppose aux steph. Et je vous annonce que comme d’hab on va leurs marcher dessus cette saison.

    J’espère juste que les neuneus vont se calmer et qu’on aura le droit de faire le déplacement.

    • avatar
      7 octobre 2013 a 12 h 13 min
      Par Cullen

      Je reconnais bien là ton objectivité Seb :-) Enfin… je t’avoue avoir inséré dans cette liste PSG-OM et Lyon-Sainté pour qu’il y ait une petite touche française, mais je ne suis pas certain si l’on faisait un recensement dans toute l’Europe qu’une seule affiche de Ligue 1 fasse partie des 20/30 plus grandes rivalités dans le monde.

  7. avatar
    8 octobre 2013 a 11 h 22 min
    Par Gaston

    Super article, merci beaucoup.

    Bon, on va pas se le cacher, avec la mondialisation du foot, le côté passionné des “derbys” concernent désormais plus les supporters que les joueurs j’ai l’impression. Certaines affichent perdent quelque peu de leur splendeur.

    Néanmoins, il reste encore quelques exceptions que tu as très bien citées. Je pense notamment à la finale de coupe d’Italie l’année dernière entre les deux clubs romains, ça chauffait dans les tribunes mais également sur le terrain.

    J’ai également l’impression, que malgré le déclin relatif de Liverpool, son antagonisme reste toujours présent, p’tet est-ce du à la présence de joueurs historiques tels Gerrard et Carragher d’un côté, et la clique des anciens de Man U.

    Je ne suis pas assez le foot écossais pour me prononcer sur le Old Firm, mais j’imagine que ça envoie toujours du bois ! Bien content de voir le derby stambouliote, d’ailleurs on pourrait y rajouter le Besisktas, dont les supporters ne sont pas les derniers à témoigner leur “ferveur”.

    Pour finir je m’interroge tout de même sur l’impasse que tu fais sur les derbys espagnols, Madrid et Barcelone n’ont-ils d’yeux que pour leurs deux grands ? Parce que du côté de l’Atletico et de l’Espanyol, il me semble qu’on attend la confrontation contre son envahissant voisin le couteau entre les dents. J’ai d’ailleurs eu la chance d’assister au derby sevillan y’a quelques années, quand le FC Sevilla jouait les premiers rôles en Liga, ça chauffait pas mal sur le terrain…

    • avatar
      8 octobre 2013 a 14 h 54 min
      Par Cullen

      Merci bien.

      Concernant l’absence de derbies espagnols, c’est vrai que j’aurai pu évoquer celui de Séville mais là encore il fallait faire des choix, difficile de satisfaire tout le monde. En revanche, pour ceux de Madrid ou de Barcelone, comme tu le dis toi-même, si la confrontation avec le Real et le Barça est très attendue par les supporters de l’Atlético et de l’Espanyol, la réciprocité n’est pas tout à fait vraie, ce qui atténue quand même un peu la valeur de ces deux rencontres.

  8. avatar
    17 janvier 2014 a 17 h 04 min
    Par SebGir

    Excellent article, mais c’est surtout grâce à la présence d’OL – ASSE. Il est quand même plus suivi que ce match sans importante entre deux clubs inconnus que certains appellent “El Clasico”…

  9. avatar
    2 mai 2015 a 18 h 44 min

    Bon travail mais je pense que tu aurais pu mentionner le derby entre Lens et Lille.

    • avatar
      7 juillet 2017 a 15 h 06 min
      Par Cullen

      Si j’avais traité les 200 plus gros derbys peut-être mais comme je me suis contenté des 20-30 plus importants, aucune chance.

  10. avatar
    11 novembre 2016 a 16 h 39 min
    Par Jeanne

    Et le derby de casablanca? L’un des plus spectaculaire du monde

  11. avatar
    7 juillet 2017 a 15 h 03 min
    Par Cullen

    Un autre de mes articles traitant de cette discipline : http://yourzone.beinsports.fr/football-ligue1-psg-la-necessite-dun-deuxieme-club-a-paris-99916/

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